Parole d’entrepreneurs n°4 : Pierre GRANDJEAN

Pour ce quatrième épisode, nous avons rencontré Pierre GRANDJEAN, co-fondateur de l’entreprise « The Lengendary Wines ». Interview à consommer, sans modération !

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Pierre, vous êtes le co-fondateur de l’entreprise “The Legendary Wines”. Présentez-nous votre activité !

Nicolas, François-Amaury et moi sommes trois amis passionnés par le vin en général. Avec The Legendary Wines, nous achetons et vendons des flacons principalement rares et anciens, rachetons des caves, conseillons des clients sur leurs placements ou achats, organisons des dégustations pour des particuliers comme des moments de “team-building” autour du monde viti-vinicole pour les entreprises.

Comment avez vous connu le monde du vin ?

En tombant dans la marmite, comme Obélix quand il était petit ! (rires) Mes parents ont toujours mis en avant la gastronomie à la maison, autour des notions de partage et de convivialité. L’art de vivre à la française, en somme. Puis, étudiant, j’ai été stagiaire dans une maison de ventes aux enchères. On y découvre pléthore de secteurs, d’histoires et d’opportunités. Dont une demi-bouteille de champagne Veuve-Clicquot de 1945. Année mythique pour le fruit de la vigne. C’est ainsi qu’après avoir voulu la revendre sur internet, j’ai finalement préféré la déguster avec des passionnés lors d’un diner autour du vin ancien. Et là, je suis tombé amoureux des vins et plus particulièrement des vieux millésimes. Cela vous tombe dessus, comme un coup de foudre !

Comment est née cette aventure entrepreneuriale autour des “vins légendaires” ? 

Alors étudiants, les trois compères que nous sommes trustions les salles des ventes lyonnaises et les caves de particuliers à vendre pour racheter quelques caisses, en revendre une partie pour payer…les autres que nous dégustions. Il doit même nous en rester une ou deux “mises de coté pour dans 10 ans” !

Le monde du vin, et plus particulièrement des beaux flacons et des vins anciens, est un cercle très fermé. Nous avons créé The Legendary Wines en 2014 comme une activité annexe, un plaisir à partager et à transmettre. Etre reconnu comme professionnel ouvre pas mal de portes, il faut aussi l’avouer. Un Siret change tout parfois ! Et puis, en termes de confiance des clients ou d’exportations, cela nous engage et nous a permis d’évoluer, de nous former, de nous professionnaliser ! Cela fait donc désormais deux ans que nous consacrons quelques soirées et ouiquendes à la chasse aux trésors ou à l’organisation de dégustations sympathiques avec des novices comme avec des amateurs avertis.

Votre plus belle degustation ? 

J’aurais volontiers cité un Magnum de Champagne de 1914, année de la grande guerre, superbe millésime dans cette région, dégusté 100 ans plus tard avec François Audouze (un ancien industriel, grand passionné de vins anciens qui fait référence dans le secteur). Mais je crois  que ma plus belle degustation fut cette bouteille de La Tâche 1990 du Domaine de la Romanée-Conti ouverte avec Bernard Noblet, Maître de Chai, dans les caves du Domaine. Les équipes d’Aubert de Villaine nous avaient reçus impeccablement, consacrant une après-midi aux jeunes passionnés que nous sommes. Un souvenir éternel. C’est aussi cela, l’amour du vin et du terroir.

Et celle dont vous rêvez ? 

Il y en a tant. Il parait que l’hermitage la Chapelle 1961 de Jaboulet est incroyable. Encore faut il en trouver une qui ne soit pas contrefaite. Comme pour tant de grands vins d’ailleurs. C’est là que l’expertise du professionnel permet de minimiser les risques. C’est comme en bourse ou en levée de fonds : les conseils qualifiés sont précieux et l’expertise utile.

Comment se développe votre entreprise ?

Nous n’avons pas la prétention d’être un leader du secteur mais un petit acteur qualitatif. Avec un CA proche de la centaine de milliers d’euros –ce qui nous convient pour une activité annexe dont nous ne tirons pas nos revenus- et une rentabilité dans le vert, nous sommes satisfaits de nos deux premiers exercices. Il y a beaucoup d’opportunités de développement auxquelles nous réfléchissons, en premier lieu accentuer le travail sur l’organisation de dégustations aux particuliers et aux entreprises. Le vin est un superbe liant pour les équipes.

Notre force réside dans la qualité de notre sourcing, et dans la fidélité de nos clients. Nous en avons peu mais ils sont réactifs et fiables. Sur la partie négoce, nous sommes fiers d’avoir une cinquantaine de clients, dont 5 composent à parts égales 75% de notre chiffre d’affaires. Nous n’avons même pas (encore !) de site internet pour la vente en ligne, car nos clients préemptent souvent les flacons que nous “rentrons” et dont nous les avertissons par mail. C’est au plus réactif !

Le secteur d’activité du vin semble très hétéroclyte. Quel est votre point de vue ?

Effectivement, le secteur est hétéroclyte. Il faut s’ouvrir sur le monde viti-vinicole et ne pas jurer que par les vins français. Nous sommes de bons chauvins mais l’étranger fait désormais des productions sublimes à prix raisonnables, en témoigne la sélection que propose le français “Vins du Monde”. D’un point de vue concurrentiel, les professionnels sont légion et quelques scandales comme celui de 1855 -qui a connu une aventure boursière finalement chaotique, qui n’est heureusement pas révélatrice des avantages que le marché peut apporter aux PME- ont terni l’image des négociants ou des revendeurs. Le vin doit rester une passion à partager, pas un simple instrument à effet de levier.

Car le secteur, en plein boom, est devenu spéculatif non plus seulement dans le bordelais mais également en Bourgogne ou dans le Rhône. Des Cortons Charlemagne de Coche Dury atteignent 2000 euros le flacon, les grands Rhône dans des cuvées parcellaires continuent de grimper. J’en passe et des meilleures. Les frères Foucault du célèbre Clos Rougeard sont eux-même “victimes” de cette speculation, car il ne faut pas oublier que sur le marché primaire, c’est à dire en sortie de domaine, les prix pratiqués sont souvent raisonnables grâce aux systemes d’allocations. En revanche, le marché secondaire spécule purement et simplement.

Justement, le vin, pour boire ou pour investir ?

Tout depend de vos moyens ! Beaucoup de prix deviennent déraisonnables. Il n’est plus rare d’acheter un premier grand cru de Bordeaux à maturité au même prix, voire moins cher, que son cadet à la sortie des primeurs. Il ne faut cependant pas oublier que moults domaines à travers l’Hexagone proposent des vins de grande qualité à des prix raisonnables. Même si la tendance est généralement à la hausse, c’est le très haut de gamme qui subit la plus grosse partie de la spéculation. Car oui, le vin est devenu un investissement. Souvent un investissement plaisir, comme l’art ou l’automobile d’ailleurs. Le jeu de la demande supérieure à l’offre fait gonfler les prix. Pour ouvrir un Haut Brion 1990 à la maison, mieux vaut l’avoir acheté à l’époque environ 200 francs qu’aujourd’hui à 600 euros…

Des sites ou entreprises offrent la possibilité de réaliser des investissements financiers dans le vin. Qu’en pensez vous ?

Des fonds spécialisés proposent d’investir dans le vin. Ils enregistrent de bonnes performances. Les valeurs liquidatives prendraient ceci-dit un sacré coup en cas de revente massive de flacons qui sont souvent survalorisés. Il ne faut pas oublier que par rapport aux “cotes” officielles, le rachat subit une décote importante et assez variable entre 20 et 40%. Le produit net d’une bouteille aux enchères à laquelle on retire 25% de frais acheteurs et 15% de frais vendeur est bien mince !

Dans tous les cas, la prudence est de mise. Un négociant bourguignon me disait lors d’une visite en septembre “Il est difficile de dire du mal d’une activité qui m’a fait vivre correctement pendant des années. Mais quand je vois les prix atteints par certains premiers et grands crus, je me dis que cela ne sera pas éternel. Les acheteurs finaux, souvent en Asie ou aux USA, commencent parfois à diminuer leurs commandes. Ces “acheteurs d’étiquettes” ont toujours les moyens mais ont tendance à diversifier leurs achats. Il ne faudrait pas s’étonner si le marché venait un jour à baisser, en Bourgogne comme ailleurs : n’oublions pas qu’il ne s’agit que de 75 centilitres de vin et d’une étiquette”.

Ceci dit, le vin est aussi un placement plaisir, qui comporte des avantages fiscaux intéressants notamment sur les calculs ISF. Cet impôt qui… non, je vais dire une bétise ! Ouvrons plutôt un bon flacon pour terminer notre entretien sans parler de politique économique. Tenez, j’ai apporté un Champagne millésimé 2007 de la Maison Legras & Haas, un excellent producteur à Chouilly avec qui nous organisons en 2017 une dégustation exceptionnelle de champagnes anciens dans des crayères de la région. Ces petits producteurs de toutes les regions sont à valoriser et à apprécier avec modération pour un superbe voyage gustatif.

Il ressort de vos propos une veritable passion. 

Oui, c’est cela l’esprit du vin. C’est l’histoire de l’humanité, de Bacchus à nos jours. Des moments de partage, de réflexion, d’humilité devant ces ceps de vignes qui ont survécu aux guerres comme au phyloxéra. C’est un excellent outil pour voguer vers de nouveaux horizons de réflexion, se détacher du quotidien. C’est aussi un élément de transfert intergénérationnel du savoir-faire et du savoir-être. Je pense que beaucoup de chefs d’entreprise et d’entrepreneurs ont envie d’acheter des vignes. C’est un rapport au terroir et à la nature qui nous survit et qu’il faut respecter, comme ses clients et partenaires dans les affaires.

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