Les questions de l’été – Episode 5

Nous sommes dans un pays où la haute fonction publique dispose d’une école spécifique. Pour l’élite de l’entrepreneuriat, pas grand-chose en termes de formation, peut-être l’INSEAD.

Le portrait-robot du chef d’entreprise n’est pas facile à dessiner, la population des dirigeants de PME demeure protéiforme. L’exigence des autres vis-à-vis d’un leader reste sans limite, aucune. Il doit être un excellent manager, un vrai commercial, un technicien crédible, disposer de solides notions juridiques, avoir un vernis de compétences comptables, savoir communiquer et même pouvoir se transformer pour quelques heures en assistant social ! Existe-t-il un cursus idéal pour satisfaire l’ensemble de ces attentes, je crains que non. Et pourtant, à lire la liste non exhaustive que je viens d’écrire, mieux vaut être bien formé ou au moins très entouré. En observant mes clients, généralement des personnalités extraordinaires, ces talents que je conseille, sortent rarement des filières de prestige. Ils sont toujours pragmatiques, ils sont souvent opportunistes dans le bon sens du mot, ils savent s’adapter, leur curiosité et leur courage les ont aidés à progresser, ils ont la capacité à sortir des chemins tracés à l’avance pour emprunter les routes du succès dans le business. Tout n’est pas dans les livres, encore moins dans la tête des enseignants d’aujourd’hui, totalement déconnectés du monde de l’entreprise. Je n’ai d’ailleurs jamais vu un fonds d’investissement demander à un entrepreneur de bien vouloir lui remettre un diplôme, le savoir-faire ne se décrète pas, il se prouve, par l’expérience.

Je dois néanmoins modérer ma détestation du système scolaire français parce que je connais des ingénieurs qui sont devenus, par leur démarche vers l’innovation, des génies de la création de richesses. Je connais aussi des énergies commerciales devenues de véritables « boss stratèges ». Autre cas, pour prétendre partir à la conquête de marchés internationaux, mieux vaut savoir parler anglais et une troisième langue.

Entreprendre, cela passe par un tempérament. Dans ma génération, mes potes voulaient tous devenir fonctionnaires. Personnellement, je suis parti vers la banque parce que j’adore les sciences économiques puis j’en suis sorti pour connaître l’aventure et retrouver une forme de liberté qui favorise le bonheur. Cela écrit, je pense que la France manque d’une grande université exclusivement dédiée à préparer les champions de demain en entreprises. Nous devons rompre avec le jeûne de la formation des patrons, par exemple en ouvrant cette grande université aux militants et aux acteurs de la nouvelle économie, celle qui fait vivre l’ensemble du collectif en constituant de la valeur avec la collaboration des employés producteurs de produits et de services. Je ne crois pas que la cohorte d’inspecteurs de l’Education Nationale qui n’a jamais vu l’ombre d’une TPE, qui hait la réussite des autres, qui méprise les autodidactes, puisse prétendre accompagner la révolution économique qui nécessite de nouvelles formations, plus adaptées à l’industrie moderne et au secteur des services à l’heure de l’ubérisation et du digital. Nous vivons une époque intellectuellement intéressante parce que complexe et rapide, nous avons le devoir de l’aborder autrement, avec des dirigeants issus des meilleurs rangs, avec des têtes bien faites, pas seulement pleines d’autant qu’Einstein a dit que cela semblait impossible jusqu’au moment où un imbécile prouva le contraire. L’école doit, elle aussi, innover et nous livrer des jeunes qui ont l’esprit d’entreprise. Je me souviens d’un enseignant, Christian Malécot, qui avait emmené ma classe au Palais Brongniart, cette journée fut pour moi une révélation, je n’avais pas osé le dire afin de ne par paraître prétentieux, pourtant c’est certainement ce jour-là que mon envie de travailler à la Bourse est née.

Sans le savoir, les animateurs du Centre de Formation de la Profession Bancaire, puis ceux de l’Institut de Formation Bancaire, m’ont transmis des techniques qui m’aident dans mon rôle actuel. Donc ma réponse aux jeunes qui ont pour projet de se lancer un jour sur la voie de l’entrepreneuriat, c’est d’apprendre, d’apprendre et d’apprendre, pas seulement sur les bancs des classes, toute leur vie. La famille, l’école et l’entreprise, je leur dois tout.

Laurent Guibert, Directeur-associé de Kapitalium, à Nice, le lundi 1er août 2016.

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