Je ne suis plus entrepreneur. – Billet hebdomadaire de Kapitalium

billet_500_eurosJ’ai toujours voulu agir, créer, innover, animer, faire, défaire, refaire, projeter, rechercher et définir des objectifs, prendre des risques, convaincre, séduire, réussir, bref, en un seul verbe : entreprendre.

Même lors de la première phase de ma petite vie professionnelle, dans des banques, établissements aseptisés, j’ai toujours abordé chaque « chantier », si vous préférez chaque dossier, comme une étape à franchir avec une forme d’originalité, c’est-à-dire avec une méthode personnelle. Hors des sentiers battus, le parcours a été plus mouvementé, j’ai refusé de m’intégrer dans certaines cases, c’était parfois rude mais toujours plaisant.

Nous sommes maintenant dans une autre phase. L’aventure est différente. L’Etat me demande de plus en plus d’argent et donc des performances individuelles et collectives qui dépassent largement le champ du possible. L’entreprise que j’ai créée, que j’aime comme un enfant, absorbe toute ma vie ou presque : les clients sont exigeants et c’est légitime, les actionnaires me demandent des comptes et c’est normal, les collègues consultants s’autorisent à me dépasser en compétences dans plusieurs domaines et c’est génial. Je mesure le volume du travail accompli, la récolte n’est pas toujours à la hauteur des objectifs mais elle a le mérite d’exister, et, le plus difficile reste le regard sur tout ce qu’il a fallu sacrifier pour « peu ».

Je n’ai jamais eu le bon âge, trop jeune, selon certains, au début des années 90, trop vieux, selon d’autres, en 2015. Je n’ai jamais eu le bon diplôme, trop professionnel à la fin du XX ème siècle, pas assez « réseaux » maintenant. En France, on ne vous pardonne pas d’avoir appartenu au monde de la Finance, le mal ou l’ennemi, et encore moins d’avoir réussi à en sortir, a fortiori pour rejoindre et défendre la sphère de l’entrepreneuriat.

Je suis coupable d’avoir voulu jouir d’un maximum de liberté, d’avoir tenté de donner du sens à ma trajectoire et d’avoir l’outrecuidance d’exprimer et de mettre en oeuvre quelques idées économiques.

Aujourd’hui, je ne suis pas fatigué par le travail, bien au contraire, je suis, au plus profond de moi-même heureux et comblé par les missions, réussies ou non. Ce qui me peine, c’est le regard sur les « patrons ». Nous serions tous, sans distinction aucune, ultramatérialistes, égocentriques, égoïstes, salauds, vils, voleurs, et j’en passe. Le courage, le talent ou encore l’ambition des chefs d’entreprise sont passés sous silence. Nous sommes impopulaires, par exemple il n’ y a jamais eu un seul fondateur d’entreprise dans le classement des 50 personnalités préférées des français. Les médias montrent les mauvais exemples, rarement les bons. J’ai besoin d’amour, donc c’est décidé : je ne suis plus entrepreneur… vu ce que je redonne à l’Etat, je me définis autrement : je ne suis qu’un employé de l’Etat. Avec ce titre, dorénavant, je vais certainement porter une plus belle étiquette, non ?

 Laurent GUIBERT, Directeur Général de Kapitalium, à Nice, le lundi 14 septembre 2015.

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