L’exode des entrepreneurs et des ingénieurs, la fuite des cerveaux, des capitaux et des emplois. – Billet hebdomadaire de Kapitalium.

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Nous assistons benoîtement à des départs massifs de jeunes cadres et d’entrepreneurs français à l’étranger, en particulier vers les pays anglo-saxons.

Une partie de l’élite entrepreneuriale, ayant bénéficié de formations coûteuses financées par la collectivité nationale, s’installe durablement à l’étranger pour y créer emplois et richesses. La France se transforme, à l’instar de l’Inde, dont près de 30 % des ingénieurs émigrent définitivement une fois leur formation achevée, en un réservoir de compétences et de talents où les pays étrangers puisent les forces nécessaires au développement de notre nation. Ce constat est d’autant plus préoccupant que cette émigration concerne principalement des professionnels formés aux nouvelles technologies qui portent des secteurs stratégiques d’avenir. Le rythme des départs de personnes hautement qualifiées s’accélère, surtout vers le Royaume-Uni, les Etats-Unis, le Canada ou encore Singapour. La présence française dans la Silicon Valley devient impressionnante, quelques serial-entrepreneurs qui réussissent indiquent le chemin à d’autres parce qu’ils ont bénéficié d’un écosystème plus dynamique qu’en France, d’un accès plus facile au financement en situation d’amorçage que dans l’hexagone, d’une fiscalité nettement plus respectueuse de leur parcours et d’une administration moins rigide que la nôtre. Fait aggravant, le nombre de retour de ces nouveaux migrants se réduit de plus en plus. La mondialisation favorise l’émergence de cette élite mobile totalement qui raisonne « monde » et non pas « France » ou « Europe ». Pour les TPE, la réglementation du travail est moins contraignante que chez nous et le poids des charges sociales incite les entrepreneurs à créer leurs activités ailleurs. Le mérite lié au travail est plus fort dans des pays qui ne distribuent pas de revenus abusifs d’assistanat, forme d’impôt sur les courageux pour une paix sociale artificielle.

La part du capital-risque doit être plus importante dans l’usage de l’épargne, nous devons prendre collectivement conscience qu’il existe une nouvelle économie qui nécessite le financement de l’innovation, nous devons mieux considérer et récompenser ceux qui reviennent en opérant des transferts de technologies et de savoir-faire bénéfiques pour notre collectivité nationale. Par exemple, nous devons réformer rapidement la fiscalité sur le patrimoine, voire la supprimer pour éviter des retours sur Bruxelles qui pourraient alors avoir lieu sur Paris ou sur des grandes villes de province. Les business-angels doivent être incités à investir dans l’économie réelle. Nous pourrions développer un système d’épargne salarial pour tous, reposant sur la participation des travailleurs au capital de leur entreprise. Pour asseoir de nouvelles industries technologiques, je plaide pour la création d’un Nasdaq du « fabriqué en France ».

Je ne suis ni aigri, ni nostalgique, ni un homme du passé. Je refuse l’absence d’ambition pour un destin collectif, je déplore le déficit de propositions pour un entreprenariat au moment même où une partie de notre jeunesse exprime sa volonté de réussir professionnellement et cette aspiration est bien légitime, et surtout, je veux que dès aujourd’hui nous préparions demain comme nos ancêtres ont su le faire. Je souhaite que nous donnions vie à une forme d’ADN de la créativité économique, que nous rétablissions la notion de l’effort et du risque, et que notre pays ne devienne pas le plus pays du monde pour les touristes et la pire des nations pour des citoyens sans emploi et sans espoir. Je rêve que nos enfants puissent visiter des entreprises, qu’elles soient industrielles ou de services, la France ne doit pas se résigner à n’être qu’un magnifique musée d’un prestigieux passé. Nous avons le devoir de rendre les terres de nos territoires fertiles pour la pousse d’entreprises et pour la révélation de nos plus grands talents. Nous ne sommes pas des nuls, nous sommes des bons, ne nous laissons pas acheter par d’autres, prenons dès maintenant entre nos mains notre propre destin en valorisant nos racines, nos PME, nos villes et nos villages.

Laurent GUIBERT, Directeur Général de Kapitalium, à Nice, le lundi 25 mai 2015.

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