Mieux vaut être footballeur qu’entrepreneur. – Billet hebdomadaire de Kapitalium.

billet_500_euros

Une TPE, c’est comme un enfant. Ce dernier, quand il pleure la nuit, les parents aimants se lèvent et lui donnent à manger. Quand une jeune société connaît une difficulté, l’Etat français (dirigé par une caste de hauts fonctionnaires pour la plupart aussi incompétents en économie que dépourvus de valeurs humanistes) lui met des claques en plein visage. Que se passe t-il ? Dans un cas sur deux, lors de ses vingt-quatre premiers mois d’existence, elle perd la vie. Celles qui restent vont tenter de grandir malgré les cicatrices. Elles vont même aller jusqu’à collecter gratuitement la première ressource financière de leur bourreau, la TVA. Elles payent la protection sur la maladie, la solidarité sur l’autonomie, le financement des accidents du travail, les allocations familiales, les coûts de la vieillesse, l’apprentissage (même si elles doivent apprendre à ceux qu’elles intègrent parmi ses effectifs), le chômage, le fonds national d’aide au logement et j’en oublie probablement. Quand elle grandit un peu, par exemple en procédant à une augmentation de capital, le service des impôts et le greffe du Tribunal lui prélèvent des frais qui peuvent dépasser le montant de l’opération « haut de bilan », je réitère ce que je viens d’écrire, il n’y a pas d’erreur, dans de nombreux cas, les taxes sont supérieures au revenu !

Tous ces obstacles passés, il reste l’impôt sur les sociétés (environ 30%) ou encore la Contribution Foncière des Entreprises. Admettons qu’il reste encore un peu de fonds, admettons que les « méchants actionnaires capitalistes » veuillent s’octroyer du dividende, alors le gentil Etat ponctionne 40%.

Considérons que l’entreprise soit suffisamment forte pour résister à la sangsue. Même si j’ai omis d’indiquer qu’une personne morale qui utilise un véhicule à moteur est assujettie à la Taxe sur les Véhicule des Sociétés. Adolescente, la PME va commencer à vouloir prendre un peu d’air. Beaucoup tentent l’émancipation, elles se barrent du milieu familial hostile, elles partent vers les USA, le Royaume-Uni, le Luxembourg où l’herbe est apparemment plus verte. Ah, vraiment, ces jeunes pousses qui ont l’outrecuidance de réussir sont indignes, après tout c’est peut-être la maltraitance qui les a rendues plus fortes ! La loyauté voudrait, même si nous ne sommes pas à Stockholm, qu’elles restent auprès d’un territoire à qui elles doivent les coups, les bleus et les humiliations.

Devenues matures, ces entités appelées « groupes » vont optimiser, elles ont les moyens d’embaucher des anciens de l’administration (on appelle cette pratique le pantouflage, c’est dire !), elles gavent d’anciens bourreaux pour éviter les pièges des nouveaux, de plus en plus redoutables. Chaque année quelques courageux journalistes dénoncent les dernières combines, en réponse chaque session parlementaire donne lieu à un nouveau dispositif visant à limiter la fuite des capitaux et ainsi de suite. Il existe une trace indélébile de cette évolution, c’est l’épaisseur de plus en plus manifeste du Francis Lefebvre. Les obésités fiscales et législatives délivrent une croissance nulle, un chômage record, des suicides d’entrepreneurs, mais il parait que ce serait le meilleur des systèmes du Monde. Je me demande bien ce que cela doit être ailleurs.

Entreprendre en France, c’est une véritable aventure, le créateur est vilipendé, conspué, « salauds de riches »… sauf que je gagne un peu plus que le smic, dans ce cas là j’entends déjà la réaction de celles et de ceux qui n’ont jamais tenté dans leur vie professionnelle, « alors, si ce n’est pas un voleur, nous avons affaire à un nigaud ! » J’aime bien mon pays, je regrette seulement l’absence de réciprocité de ce sentiment d’amour. Je termine mon billet par une phrase : Ne dites surtout pas à ma mère que je suis entrepreneur, elle croit que j’ai réussi !

Laurent GUIBERT, Directeur Général de Kapitalium, à Nice, le lundi 9 mars 2015.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s